MAIRE COURAGE....
BILLET
Imaginez un enfant à qui les parents demandent : « Que comptes-tu faire quand tu seras plus grand ? » Et lui de répondre du tac au tac « Eh bien, je veux être…Maire ». « Maire ? Ah, le joli métier, si petit et déjà de l’ambition ! » répondront certains avec fierté tandis que d’autres soupireront : "Maire, mais tu n’y penses pas ! c’est un métier qui devient dangereux, usant et ingrat et en plus, tu dépends du bon vouloir des électeurs ! "
Tout ceci n’est bien sûr qu’une boutade. On aspire en fait à devenir maire à un âge plus avancé, en se rasant ou en se maquillant le matin, que l’on soit un homme ou une femme, animés par le désir de servir le bien public ou de donner avec foi sa part d’altruisme à l’échelle d’une mairie.
A l’approche des élections municipales qui se dérouleront les 15 et 22 mars dans un peu plus de 35 000 communes que comptent la France (un record en Europe) et qui verront autant de maires élus ou réélus, on peut se réjouir du fait que le premier magistrat de la commune reste l’élu préféré des Français, épargné par le grand climat de défiance qui règne envers le personnel politique…
Les maires bénéficient indéniablement d'une image positive, avec un taux de satisfaction atteignant 70 %, en hausse par rapport à 61 % en 2017. Ils sont perçus comme des figures de confiance, assurant les services publics du quotidien dans un contexte national instable.
Cependant, 55 % des maires en poste déclaraient ne pas vouloir se représenter invoquant des difficultés liées à la dureté de la tâche car sitôt élu pour un mandat de six ans, le premier magistrat se transforme immédiatement en moine-soldat : les trente-cinq heures, les week-ends prolongés ou autres temps de loisirs sont à ranger au placard, sans parler d’une vie de famille parfois un peu mise entre parenthèses car on devient maire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an…….
Mais pour autant, est-ce un métier ou plutôt « une fonction » que l’on occupe en plus de son travail quotidien ? La question mérite d’être posée tant l’image qu’incarne le premier magistrat d’une commune a pu évoluer de façon considérable…
On peut affirmer qu’il s’agit à présent d’un véritable « statut » depuis les lois de 1992 qui ont mis en exergue plusieurs mesures concernant aussi les codifications des indemnités de fonction, que les droits à la formation ou encore un régime de retraite et de congés ouvrant les voies à une professionnalisation évidente…
Naguère, le maire pouvait se contenter d’être uniquement un notable qui déposait des gerbes de fleurs sur les monuments aux morts lors des célébrations ou qui faisait des courbettes dans les salons lambrissés des sous-préfectures…Aujourd’hui, les concitoyens exigent (un peu trop parfois) qu’il soit disponible, dynamique, compétent, porteur de projets emballants et surtout dôté d’une probité sans faille….
Le couperet peut vite tomber si le Maire s’égare dans le « hors-piste » : celui qui mène au clientélisme, au copinage, conflits d’intérêts ou aux autres abus de pouvoir qui ont pu entraîner une forme de judiciarisation de l’action publique, incitant de facto certains élus à ne pas vouloir se représenter par crainte d’avoir en permanence l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête tandis que les aspirants-candidats d’abord attirés par le chant des sirènes au son de « que Marianne était jolie » craindront finalement de susurrer « que diable suis-je venu faire dans cette galère ? »
La crise des vocations n’est jamais très loin mais restons optimistes « Devenir maire » reste tendance et s’avère être une expérience qui enrichira personnellement (à défaut de financièrement) tout homme ou toute femme ceint de l’écharpe tricolore qui occupera la fonction. Si l’on rajoute en outre la montée des incivilités, le désengagement progressif de l’Etat, la perte de pouvoir au profit de l’intercommunalité, on peut comprendre que l’envie de rempiler ne soit plus d’actualité pour certains.
Pourtant, 60 à 70 % le font quand même, mais pour différentes raisons : dans les communes rurales, c’est souvent pour cause de manque de successeur désigné, peu amène à se transformer en « homme-orchestre » sans gros moyens tandis que dans les agglomérations plus grandes, c’est parfois le sentiment de penser que l’on ne peut s’arrêter subitement, se sentant apte à continuer cette aventure âpre mais épanouissante lorsque l’on arrive à transformer les promesses de campagne en réussites sur le terrain.
Bien sûr, certains ne l’avoueront pas mais ils rempileront également par peur de l’après-élection et d’avoir le sentiment de retomber dans l’anonymat au risque de vouloir faire le mandat de trop (longévité démesurée, âge avancé, etc…) et de se retrouver battu.
Pourtant, il est avéré qu’un peu plus de 75 % des maires sortants sont réélus. C’est ce que l’on appelle « la prime au sortant ». A contrario d’autres élus, notamment les députés qui peuvent être « remerciés » même s’ils n’ont pas démérité, victimes d’une tendance politique nationale, ce sera rarement le cas pour un maire qui lui trébuchera uniquement s’il a « failli » gravement dans sa mission : rappelons que dans la solitude de l’isoloir, l’électeur sait toujours faire la part des choses….



