Dans le secret de l'isoloir.
Le paradoxe des municipales.
EDITORIAL
Philippe DUPONT.
Les municipales 2026 en Essonne ressemblent à une grande régate sur des rivières sinueuses : la plupart des bateaux, bien amarrés à leurs quais, ont glissé tranquillement sur le courant, tandis que quelques embarcations isolées ont chaviré face aux remous inattendus, laissant derrière elles des éclats de bois et de drapeaux."
Le 91ème département a ainsi vécu un printemps électoral avec ses paradoxes : certains bourgeons ont éclaté et ont fleuri, d’autres n’ont pas résisté au gel, laissant les branches nues.". Comme sur un terrain de football, la plupart des équipes ont marqué leurs buts dès le premier temps, mais quelques surprises ont fait trembler les filets à la dernière minute mais cessons là ces métaphores et replongeons -nous l’historique de cette consultation électorale qui aura globalement confirmé une tendance lourde : la reconduction massive des maires sortants….
C’est le cas de Clovis Cassan aux Ulis (91 %), Yoann Mittelhauser à Angerville (82 %), de Julien Garcia à Etréchy (79%), Aurélie Gros au Coudray-Montceaux (81 %), Philippe Rio à Grigny, Brigitte Vermillet à Morangis ou encore Paolo de Carvalho à Dourdan qui font tous les 3, 69 % ! .Des scores sans appel se transformant en véritable plébiscite pour les vainqueurs.
On a également pu constater le retour en force de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait perdu son siège de député en 2024 et qui retrouve triomphalement son fauteuil de maire avec près de 80 % des suffrages exprimés tout en déclarant non sans émotion « C’est le plus beau des mandats pour un élu… »
Il est clair que le travail effectué depuis les six dernières années a également payé pour d’autres maires sortants à l’instar de Stéphane Beaudet à Evry-Courcouronnes (57%), Nicolas Meary à Brétigny sur Orge (53 %), Sylvie Carillon à Montgeron, Grégoire de Lasteyrie à Palaiseau ou encore Jean-Jacques Grousseau à Athis-Mons.
D’ailleurs, 174 des 194 maires avaient été élus ou réélus à l’issue de ce premier tour mais n’oublions pas que dans les communes les plus rurales, une seule liste était en lice….Néanmoins, ce premier tour a été fatal pour certains maires habitués à des promenades de santé, cela a été le cas de Franck Marlin, inamovible maire d’Etampes depuis 1995 qui n’est arrivé qu’en 3ème position, préférant se retirer afin de « barrer la route » à l’Extrême-gauche » (dixit l’intéressé) appelant à voter pour la liste de son ex-adjoint devenu opposant, Gilles Bayart.
L’usure du pouvoir, les « affaires » et probablement le mandat de trop pour Franck Marlin ont ainsi sonné le glas de sa longue aventure municipale jusqu’alors couronnée d’insolents succès électoraux tandis que son ex-mentor, Xavier Dugoin, 79 ans a échoué dès le premier à vouloir déloger son propre fils de la mairie de Mennecy…A Morigny-Champigny, Bernard Dionnet, très contesté au sein de sa propre majorité au cours de son mandat a lui-même mordu la poussière, battu de 19 voix !
Le maire sortant de Corbeil-Essonnes, Bruno Piriou, grand pourfendeur du « système Dassault-Bechter », élu en 2020 après 5 tentatives a subi un revers cuisant au 1er tour, largement devancé de 10 points par la candidate divers droite, Samira Ketfi, en outre victime d’un « front anti-Piriou » aussi surprenant que violent.Pourtant, l’ancien conseiller général de Corbeil-Ouest avait réussi à unir toutes les forces de Gauche derrière lui, chose souvent compliquée dans une ville instable politiquement.Il s’effondre logiquement au second avec seulement 40 %, ce qui fait donc rebasculer à droite l’ancienne Capitale de l’Essonne, longtemps indéboulonnable fief communiste.
Autre sensation à Ris-Orangis, où Sonia Benameur, 26 ans, ancienne attachée parlementaire de l’ex-député Marie Guevenoux, met fin à 55 ans de suprématie de la Gauche en battant Stéphane Raffali, élu depuis 2012.Ainsi, il restait 20 communes à l’issue de ce second tour, parsemé de quelques triangulaires, voire quadrangulaires et plus, comme à Bouray-Sur-Juine qui a vu Virginie Perchet l’emporter avec 32 % tandis que Nicolas Samsoen à Massy retrouve son siège ou encore Anne-Marie Jourdanneau-Fort qui l’a finalement emporté avec 31 % des suffrages au cours d’une triangulaire très disputée.
Un scrutin également marquée par l’augmentation croissante de femmes élues ou réélues maires : elles seront à présent 57 contre 43 lors du précédent scrutin. A Morsang-sur-Orge : Marianne Duranton est réélue dès le premier tour dans une ville qui n’élit que des femmes comme maire depuis 1953 !. A Arpajon, Isabelle Perdereau s'empare de la mairie tenue par la Gauche depuis 25 ans; à l'instar de Marie Dorlencourt qui bat le sortant Olivier Marchau à Epinay sur Orge...
Pour conclure, le principal enseignement de cette consultation électorale est marqué par le signe d’un enracinement local puissant.Depuis sa création politique en 1967, l’Essonne longtemps terre de conquête électorale et de parachutage en tout genre impose à présent des élus ancrés au cœur de leur territoire.Les brillants scores de certains maires est indéniablement une reconnaissance du travail local des équipes en place, en outre favorisé par des oppositions parfois faibles ou divisées. Cela constitue, une sorte de vote de stabilité qui tranche singulièrement avec un contexte national incertain…

